Parrain et marraine : une tradition devenue engagement moral

parrain et marraine une tradition

Le parrainage est une pratique très ancienne, vieille de près de deux mille ans, qui a pris sa forme actuelle de couple parrain-marraine. En France, il n’a aucune valeur juridique : être parrain ou marraine est un engagement moral, pas une obligation légale. Seul le baptême catholique impose des conditions précises à la personne choisie. Hors de ce cadre, le choix est libre, et la plupart des familles le font aujourd’hui d’abord par affection.

D’un parent spirituel à un duo : comment la tradition s’est fixée

Les premières traces du parrainage remontent vers l’an 200, dans le De baptismo de Tertullien, à l’époque où le baptême des petits enfants se répand. Un nourrisson ne peut pas répondre lui-même aux questions de la cérémonie : un adulte se porte garant à sa place.

Les mots disent d’ailleurs l’essentiel de l’idée. « Parrain » vient du latin patrinus, dérivé de pater (le père), et « marraine » de matrina, formé sur mater (la mère). Le parrain et la marraine sont des père et mère « spirituels » : des adultes qui s’engagent, à côté des parents, auprès de l’enfant.

Pendant des siècles, ils ont été plus de deux. Jusque vers 1580, on prenait par exemple deux parrains et une marraine pour un garçon, un parrain et deux marraines pour une fille. Le concile de Trente (1545-1563) a changé cela : chaque enfant reçoit un seul parrain et une seule marraine. Le nombre de parents spirituels baisse nettement dès 1564, et il faut attendre 1586 pour que la population adopte pleinement le couple. C’est ce modèle que nous connaissons encore.

Ce que demande l’Église catholique, et ce que la loi ne demande pas

Pour un baptême catholique, la personne choisie doit remplir trois conditions :

  • être baptisée ;
  • être confirmée ;
  • avoir au moins 16 ans.

Ces conditions sont celles de l’Église catholique ; elles ne s’appliquent pas telles quelles ailleurs. Si le proche que vous aviez en tête n’est pas baptisé ou pas confirmé, il ne peut pas être parrain ou marraine lors de la cérémonie religieuse. Cela ne l’empêche pas d’avoir auprès de l’enfant un rôle affectif, simplement en dehors du cadre officiel du baptême. Pour savoir comment la paroisse traite concrètement ce cas, le plus sûr est de poser la question à la personne qui prépare le baptême.

Côté loi, la réponse est nette : le rôle n’a aucun statut légal en France. Une idée fausse très répandue veut que le parrain ou la marraine devienne « responsable » de l’enfant si les parents disparaissent, ou qu’il ait des devoirs écrits quelque part. Ce n’est pas le cas : aucun texte ne lui confère d’obligation. Ce qu’il promet, il le promet moralement, à l’enfant et à ses parents.

Pour la personne qui vient de recevoir la proposition, c’est plutôt rassurant. On ne signe rien, on ne s’engage sur aucune contrainte légale. Reste la question que chacun se pose seul : ai-je envie d’être présent dans la vie de cet enfant, au fil des années ? Cette présence rejoint d’ailleurs ce que les adultes de l’entourage apportent déjà aux petits, comme le rappelle ce qu’on sait du besoin de contact chaleureux des bébés.

Sans église : le baptême civil et les parrainages choisis

Il existe une voie non religieuse : le baptême civil, aussi appelé baptême républicain. Il est né sous la Révolution française. Peu pratiqué aux XIXe et XXe siècles, il suscite un regain d’intérêt depuis plusieurs années. Attention cependant : aucun texte juridique n’oblige les mairies à le célébrer. Certaines le proposent, d’autres non. Si vous y pensez, appelez la vôtre assez tôt pour savoir si elle le célèbre et ce qu’elle prévoit, car la réponse dépend de la commune.

On peut aussi s’en passer complètement : nommer un parrain et une marraine à l’occasion d’une fête de famille, sans cérémonie officielle, ne demande l’autorisation de personne.

Et c’est bien l’affection qui guide les choix aujourd’hui. Selon une enquête menée en 2024 auprès de 1 500 Français (chiffre à prendre comme un ordre d’idée, l’institut et la méthode n’étant pas précisés), 67 % des parents choisissent parrains et marraines pour leur proximité affective plutôt que pour leur ferveur religieuse. Les statistiques de l’Église catholique indiquent par ailleurs qu’environ 30 % des enfants sont encore baptisés chaque année en France : la tradition n’a pas disparu, mais elle s’est largement détachée de la pratique religieuse. On choisit la tante qui garde les enfants un week-end sur deux, l’ami de toujours, la cousine proche, plutôt que la personne la plus assidue à la messe. Ce goût des adultes de confiance se retrouve aussi dans ces phrases d’encouragement qu’on peut dire à un enfant : un parrain ou une marraine a toute sa place pour les prononcer.

Pour trancher dans votre famille

Si vous visez un baptême catholique, vérifiez trois choses chez la personne pressentie : qu’elle soit baptisée, confirmée, et âgée d’au moins 16 ans. Si l’une manque, discutez-en avec la paroisse, ou gardez-la comme proche privilégié hors cérémonie.

Si vous préférez une forme laïque ou libre, rien n’est imposé : baptême civil si votre mairie le célèbre (à vérifier auprès d’elle), petite fête, simple demande faite de vive voix. Dans tous les cas, le rôle reste un engagement moral, sans obligation légale. À vous de dire à la personne choisie ce que vous attendez d’elle, avec vos mots.