De l’autre côté : un album pour parler de paix avec un enfant dès 5 ans

de lautre cote livre tolerance paix lespoir

Oui, cet album est adapté à partir de 5 ans pour aborder la guerre, la différence et la réconciliation. Il le fait sans faire peur, en plaçant l’enfant du point de vue de quelqu’un qui regarde l’autre côté d’un conflit – et qui y voit un humain. Publié par Alice Jeunesse en 2013, De l’autre côté est signé par Laurence Fugier au texte et Isabelle Carrier aux illustrations. Il tient en 32 pages, mais il ouvre des conversations qui durent bien plus longtemps. Une condition, cependant : lire avec l’enfant, pas lui laisser le livre et passer à autre chose.

Ce que l’album propose à l’enfant

Les thèmes officiels de l’album – Guerre/Conflit, Paix/Pacifisme, Communication – auraient pu donner quelque chose de lourd ou de moralisateur. Ce n’est pas ce qui ressort de la réception de cet album. L’approche passe par l’humain plutôt que par le conflit lui-même : ce qui compte, c’est ce qu’il y a de l’autre côté, pas la violence en elle-même.

Isabelle Carrier, dont le travail graphique est reconnu pour sa douceur et son économie de moyens, porte une part importante de l’émotion. Quand le texte est sobre – et il l’est -, les images font le travail que les mots ne disent pas explicitement. Pour un enfant de 5 ou 6 ans, c’est souvent par là que passe la compréhension : avant les mots, il y a ce qu’il voit et ce qu’il ressent face à une image.

Ce que l’album ne fait pas, c’est exposer l’enfant à des images de destruction ou à un récit traumatisant. Ce qu’il fait, c’est poser une question simple et forte : qui est de l’autre côté ? Cette question-là, un enfant de 5 ans peut la porter.

Pour quel enfant, dans quel contexte

La recommandation dès 5 ans tient à l’abstraction en jeu : comprendre qu’il existe un conflit entre des groupes, que des murs séparent des gens, que la paix se construit – tout ça dépasse les capacités de représentation d’un enfant de 3 ou 4 ans sans un accompagnement très soutenu de l’adulte. À 5 ans et plus, la conversation devient possible.

L’album est particulièrement utile quand l’enfant a déjà entendu parler d’une guerre, vu des images aux informations, ou posé des questions auxquelles vous ne saviez pas quoi répondre. Dans ce cas, le livre donne un cadre rassurant pour reprendre ces questions – pas pour y répondre à la place de l’enfant, mais pour les traverser ensemble. En dehors de ce contexte, il reste un bon album, mais l’urgence est moins forte.

En classe, il peut ouvrir un travail collectif autour de la différence ou de la résolution des conflits. En famille, il crée plutôt une intimité propice aux questions personnelles, parfois inattendues.

Si votre enfant est très sensible, ou s’il a lui-même vécu un déplacement, une séparation forcée ou une situation de conflit, soyez disponible après la lecture. L’album peut réactiver des émotions fortes. Ce n’est pas une raison de ne pas le lire – mais c’est une raison de ne pas le lire en vitesse avant l’extinction des feux.

Prolonger la lecture : posture et questions

L’album seul ne fait pas l’éducation. C’est le dialogue après – ou pendant – qui ancre quelque chose. L’adulte n’a pas à expliquer la guerre, l’Histoire ou la géopolitique. Il a surtout à écouter ce que l’enfant a vu, ressenti, compris à sa façon.

Quelques repères utiles : laisser un silence après la dernière page, ne pas enchaîner sur autre chose. Si l’enfant ne dit rien, une question ouverte suffit à amorcer. Pour accueillir ce que l’enfant exprime sans lui imposer une lecture adulte du conflit, mieux vaut reformuler ce qu’il dit que le corriger.

Voici quelques questions à poser après la lecture :

  • Qu’est-ce que tu as vu dans les images qui t’a le plus touché ?
  • À ton avis, pourquoi est-ce qu’il y a un mur entre les deux côtés ?
  • Si tu pouvais parler à quelqu’un de l’autre côté, qu’est-ce que tu lui dirais ?
  • Est-ce que tu penses que les gens des deux côtés se ressemblent ? En quoi ?
  • Qu’est-ce qui pourrait changer pour que ça aille mieux entre eux ?

Aucune bonne réponse attendue. Ce qui compte, c’est que l’enfant parle. Si une question tombe à plat, passez à la suivante ou laissez tomber pour ce soir. Ces mots simples qu’on dit à un enfant comptent aussi dans ces moments-là – pas besoin d’un discours, juste d’une présence.

Ce que les lecteurs en disent

Sur Babelio, l’album obtient une note de 4,45/5 sur 19 notes, dont 5 avis à 5 étoiles et 5 avis à 4 étoiles – aucun avis négatif recensé. Sur Amazon.fr, la note est de 4/5. Le volume reste faible (19 notes sur Babelio), ce qui limite la représentativité. Mais le consensus est net : aucune réaction négative signalée, chez les enfants comme chez les adultes qui l’ont lu avec eux.

C’est utile à savoir avant d’acheter : cet album ne semble pas provoquer de rejet ni d’anxiété. Ce qui ne dispense pas de rester attentif à la réaction de votre enfant, surtout s’il est particulièrement sensible à ces sujets.

Trois critères pour décider : votre enfant a 5 ans ou plus, vous avez un quart d’heure à lui consacrer après la lecture, et le sujet est d’actualité dans votre quotidien – qu’il ait entendu parler d’un conflit ou qu’il commence à poser des questions sur la guerre. Si ces trois conditions sont réunies, l’album fait le travail. Si l’enfant est plus jeune ou que vous n’avez pas de moment pour échanger, attendez un peu.